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Francois Malkovsky (1889-1982)


François Malkovsky est né en Tchécoslovaquie en 1889. Très jeune, il se passionne pour la musique (violon, chant). Parallèlement à ses études musicales, il est sensibilisé à la nature dans les plaines de Bohême et les forêts des Carpates. Après des études de chant à Prague, il arrive à Paris en 1912, fuyant l’occupation autrichienne.


C’est Isadora Duncan, la danseuse aux pieds nus, qui lui révèle sa vocation de danseur : « elle m’a montré ce qu’il fallait chercher… ». A Paris, il devient l’assistant de Raymond Duncan dans son Académie de la rue de Seine, inspiré comme Isadora par l’antiquité grecque source de notre culture, puis il décide de mener ses propres recherches sur le mouvement.


Dans l’intense activité scénique qu’il déploie jusqu’en 1945, il crée des chorégraphies originales solos ou duos sur des musiques des grands compositeurs romantiques et se produit sur de grandes scènes parisiennes ou dans des salons seul ou avec ses élèves. Sa recherche est fécondée par ses connaissances philosophiques et un intérêt précurseur pour les disciplines orientales. Il donne parfois des conférences sur la philosophie soutenant ses recherches. Les textes de ses conférences sont les seuls écrits qu’il a laissés.


Il se consacre ensuite à son école, d’abord à Paris puis à Callian dans le Var où il forme de nombreux élèves et donne des stages dans de nombreuses villes de France, jusqu’en Martinique. Il meurt à 92 ans sans avoir cessé de danser et de chercher à développer la pureté et la qualité du mouvement.


Le grand critique d’art Robert Charroux écrivit après avoir vu danser Malkovsky : » Il semble qu’il y ait deux hommes en Malkovsky ; le philosophe est un artiste harmonieux et le danseur est un libre penseur, solide et honnête. »



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LA DANSE PREND SA SOURCE DANS LA VIE


Comme Isadora Duncan dont il s’inspire dans ses principes, Malkovsky considère que « la danse doit avoir sa source dans la Vie » mais en veillant à se prémunir contre des effets artificiels ou superficiels ou des acrobaties. L’important n’est pas le côté spectaculaire ou l’hyper extension articulaire mais le respect d’un tonus musculaire juste et équilibré, respectant le rythme ternaire du balancier. Elle exploite des lois physiques comme la pesanteur du corps, la force centrifuge, le principe d’action et réaction, l’ondulation. Le déplacement du centre de gravité devient le déclic qui sert à faire osciller le corps, le mouvement des membres suit et un temps de répit permet de préparer le mouvement suivant.


« Dans la Danse Libre n’est libre que le corps. Nous le libérons des gestes faux, inventés par les conventions pour produire des effets jolis mais artificiels. Que nous importe le « joli » ! Nous cherchons le Vrai...Mais avec quelle rigueur il nous faut surveiller les gestes les plus simples si nous voulons trouver l’efficience, développer, conserver, intensifier nos réflexes et atteindre dans la vérité naturelle, l’expression parfaite et la joie qui nous en vient ».


Le mouvement est vivant, fluide, sans heurt et le corps tout entier y participe. Le mouvement des bras et des jambes est le prolongement du mouvement du corps, respectant une coordination physiologique et le jeu du centre de gravité. La marche en est le meilleur exemple et constitue un mouvement de base du travail. La colonne vertébrale est l’arbre de vie du mouvement, l’amortisseur des chocs, le ressort qui préserve des ébranlements du système nerveux.


Le mouvement jaillit du hara, centre des forces vitales, point de convergence des énergies qui nous entourent et d’émission des impulsions vers la périphérie. Il s’appuie aussi dans le sol, pour prendre ses racines permettant de croître vers le ciel. Les impulsions se propagent librement si les canaux nerveux sont libérés des tensions ou des blocages.


« Nous sommes un canal à travers lequel passe toute chose »



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DES MOUVEMENTS ISSUS DE L'OBSERVATION


Les mouvements de base du répertoire sont souvent issus de l’observation des mouvements des travailleurs ou des sportifs et respectent la logique du mouvement. 


« Les bûcherons, faucheurs, carillonneurs déplacent instinctivement leurs centres de gravité pour faire jouer la bascule de leurs corps dont l’oscillation entraîne les bras chargés d’outils pesants, sans trop de peine, tout en permettant de les manier avec précision. Ils peuvent ainsi travailler en hommes libres et éprouver la joie dans l’action ». « En jetant des pierres, lassos, javelots, disques, en exécutant le slalom au ski, sachons détecter d’où part l’appel de l’ »appel » pour faire ensuite jouer la bascule du corps au moment précis et surtout ensuite discerner les 3 phases du balancier qui doit toujours rester en contact avec le centre. »


Pour retrouver ces réflexes et ressentir les phases du mouvement, des accessoires comme des balles, des balles lourdes ou des foulards sont utilisés pour prolonger les gestes et ressentir l’élan. Le sens du jeu laissant libre cours au mouvement spontané est utilisé comme moyen pédagogique.


Pour développer nos réflexes, pour augmenter notre potentiel vital, le mouvement respecte le rythme cosmique, la loi universelle du rythme telle que la définissait déjà l’ancienne Egypte « Tout monte et descend, tout aspire et expire ; tout s’équilibre par oscillations compensées. »



LA NATURE ET LA DANSE LIBRE


Les mouvements de la nature sont une source d’inspiration de Malkovsky et beaucoup de mouvements de base y prennent leur essence: le goéland, le fauve, le saule pleureur, les vagues, les flammes...Le propos n’est pas copier la nature mais de devenir cet élément en retrouvant l’élan, le rythme, les sensations et les émotions de ces images et d’en respecter les lois. 


« Des lois immuables régissent les mouvements de l’univers des mondes et des atomes, de l’être vivant, des animaux, jusqu’au moindre insecte, avec une logique merveilleuse, un équilibre parfait. Nous avons le plus grand intérêt à nous rapprocher du rythme pur de l’univers dont nous faisons partie pour acquérir la plénitude de nos capacités et de nos émotions. »


« Pour danser, il faut avoir vu pousser les arbres, senti circuler la sève par la racine, par le tronc, les branches jusqu’au feuilles dont l’humide haleine s’évapore, devient nuage, pluie, rivière, la mer. Le mouvement perpétuel des arbres même quand il n’y a pas de vent, car les arbres vivants ont toujours leur mouvement, comme les profonds silences ont toujours leur musique …Il faut avoir senti la joie saine de vivre et bouillonner sa sève alors tout chante la chanson de la danse en nous »


Les mouvements sont stylisés, et repérés précisément dans le corps, l’espace, la musique. Une importance est donnée à l’appui dans le sol, permettant la suspension et le jaillissement, dans une fluidité et un tonus équilibré et sans tensions inutiles.



LA DANSE LIBRE COMME MOYEN de DÉVELOPpement personnel


La justesse des mouvements a pour but de développer le potentiel vital de chaque Etre, à trouver joie, beauté, bien-être et harmonie.

« Si la nature des mouvements a une très grande influence sur l’émotivité et le mental, physiquement elle peut user le corps prématurément et le détériorer comme elle peut, au contraire, rectifier ses défauts, lui rendre toute sa beauté et le conserver....Ce n’est qu’en cherchant l’exactitude qu’on trouve le rythme de la vie contenu dans les mouvements humains, la grâce et l’harmonie »


« Connais-toi toi-même, tu connaitras l’Univers et peut être les Dieux ». Cette phrase inscrite au fronton du temple de Delphes était régulièrement citée par Malkovsky.


Aujourd’hui, la danse Malkovsky s’est répandue en Europe et est propagée par plusieurs associations situées en France, en Espagne, en Suisse, en Belgique, en Italie.

  • Elle développe une recherche créative ouverte sur les acquis des connaissances neurophysiologiques également utilisées dans des pratiques corporelles et d’autres formes de danses contemporaines.
  • Elle respecte la personnalité de chacun et laisse la place à une expression personnelle.
  • Accessible à tous, elle ne requiert aucune compétence préalable.
  • Le répertoire musical classique ou inspiré d’airs traditionnels s’est enrichi de sources contemporaines.
  • Respectueuse de la physiologie, elle exerce l’écoute musicale, la fluidité du geste, la sensation de l’espace.
  • Elle accroit le centrage, la confiance en soi, le lâcher –prise, la présence au monde.
  • Elle permet de relier le Beau, le Vrai, le Bien pour s’élever vers un mouvement empli de Grâce.


AUTRES Citations de Malkovsky ILLUSTRANT SA PENSEE

 La souplesse dépend de l’économie, de la logique, de la musicalité du mouvement. »


« L’élégance est la plus haute simplicité, elle peut s’apprendre. »


« Chaque bon mouvement a son rythme intérieur et extérieur exact. Il rappelle le plus souvent celui du balancier… exploite la pesanteur du corps pour économiser l’énergie. »


La Danse est « Le plus merveilleux des langages, le plus subtil et le plus puissant, celui qui parle aux hommes de toutes les couleurs et de toutes les latitudes ».


« En jouant, en marchant, en dansant, l’Etre entier doit pouvoir vibrer. Pour s’exprimer librement, le corps doit onduler musicalement. Pour que le plus simple des gestes puisse porter, transmettre une pensée, éveiller pleinement dans les sensibilités des spectateurs tel état d’âme, telle émotion, il doit se libérer des attaches qui paralysent, qui diminuent les moyens d’expression. L’être humain doit devenir une sorte de centre d’où jaillit la lumière »


« Là où se trouve la Connaissance vraie, il y a toujours de la joie…Ainsi dans nos danses et dans notre travail, nous cherchons à réunir en nous la Vérité, la Connaissance et la Joie. »